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Cavage : méthode d'éducation


Cavage : méthode d'éducation

Il n’y a pas de méthode unique ou miraculeuse d'éducation. Depuis la généralisation des concours, les méthodes, multiples, souvent familiales, transmises de père en fils, se sont dévoilées lentement. Sans avoir de préférence pour l’une ou pour l’autre, il apparaît qu’elles découlent toutes de l ‘association, par le chien, de l’odeur de la truffe avec l’odeur de la friandise. L’évolution de l'éducation permettra de remplacer progressivement cette association par l’attrait de la récompense qui viendra remercier la découverte de l’odeur, et par là même de la truffe.


La méthode, énoncée ci-après est celle que j’ai personnellement employée sur des chiens de races différentes. Je n’ai pas la prétention de la considérer comme étant la meilleure, mais elle m’a toujours donné satisfaction. Je n’en ai pas l’exclusivité et sans doute elle est employée, avec ou sans variantes, par beaucoup d’autres caveurs.

Seul, le temps d'éducation peut varier. L’âge, l’intelligence, le caractère du sujet, peuvent réduire ou augmenter le temps d’assimilation, par l’élève, des phases successives.

En moyenne, on peut espérer avoir un chien « normal » opérationnel entre 1 à 3 semaines.

L'éducation doit commencer tôt. Un chien de 5 ou 6 mois, relativement calme, faisant preuve d’un peu de maturité et d’obéissance, assimilera mieux et plus rapidement qu’un chien de 2 ou 3 ans.

Il existe aussi des chiens exceptionnels. Dans son livre « la truffe du Périgord » (Editions Fanlac à Périgueux), Monsieur Jean Rebière cite l’exemple d’une petite Caniche, dont le temps d'éducation n’a pas dépassé quelques minutes ! Et d’un épagneul breton qui déterre et rapporte la truffe à son propriétaire sans la blesser.

Conseils pour favoriser le bon déroulement de l'éducation du chien

Commencez l'éducation lorsque l’élève est capable d’obéir au rappel et au commandement « Assis ».

Une méthode « douce » est, je pense, préférable à un dressage « musclé ». Le chien ne doit être ni contraint, ni rebuté. Éviter, au début, les phrases de travail trop longues. Trois ou quatre séances de huit à quinze minutes par jour, espacées au minimum de deux heures, seront plus profitables qu’une séance d’une heure.

L’amplitude du temps sera laissée à l’évaluation de l'éducateur qui, connaissant bien son chien, jugera d’arrêter ou non la séance, suivant les réactions de son élève (manque d’assiduité dans son travail, signes de fatigue, d’énervement, refus d’obéissance etc.). Mais éviter de tomber dans le piège et surtout ne pas rester sur un échec. En effet, si le chien s’habitue à ce que le travail s’arrête au cours de l'éducation sur une manifestation quelconque de sa part, il aura vite fait d’apprendre à « jouer la comédie » pour abréger la séance qu’il pourra trouver fastidieuse. Aussi, la phase interrompue sera reprise, soit au début, soit au moment de l’arrêt, même si sa terminaison ne doit prendre que quelques secondes ou quelques minutes.

De plus, votre élève ayant la faculté de percevoir vos états d’âme, l’énervement est à proscrire. Mieux vaut s’arrêter, se calmer, se détendre, retrouver sa sérénité avant de reprendre la séance un moment interrompue.

Adopter, pour l’initier au travail, un commandement qui, du début de son éducation, sera maintenu tout au long de sa vie de chien truffier. Il devra être bref, comme par exemple : « cherche truffe » ou tout simplement «  truffe ». Il s’habituera et saura par la suite ce qu’on lui demande de faire au son du mot « truffe » prononcé.

Méthode 

Prendre une petite truffe en pleine maturité ou un morceau bien odorant. Hors de la vue du chien, le poser sur le sol avec ce qui sera sa récompense. Éviter le sucre ou le gâteau, car étant susceptible d’être récompensé plusieurs fois par jour, sa ligne et sa santé en seraient affectées.    

Un petit morceau de viande ou d’aliment sec, vendu dans le commerce, feront très bien l’affaire. Dans le dernier cas, prévoir un récipient garni d’eau claire pour apaiser sa soif. Ses repas seront diminués et régulés pendant le temps de l'éducation en fonction des récompenses absorbées au cours des séances.

Placer le pied délicatement sur la truffe et la récompense, sans appuyer ni écraser. Appeler le chien, le caresser l’inciter à la recherche par le commandement choisi.

Si la perception de l’odeur s’avère difficile, diriger le museau, bien le faire sentir.

Si d’instinct, il ne cherche pas à gratter avec la patte, gratter vous-même, légèrement avec le doigt au ras de la semelle et retirer le pied. Faire asseoir.

Prendre la truffe et la récompense dans la main, encore bien faire sentir, et récompenser.
Continuer ce premier stade jusqu’à ce que le chien gratte. Ce sera le « marquage » qui indiquera la présence d’une truffe.

Bien entendu, au coup de patte, commandement « assis », découvrir, prendre dans sa main truffe et récompense, bien faire sentir avant de récompenser.
Les récompenses « vocales » et les caresses ne sont pas exclues et peuvent, au contraire, faire partie du remerciement.

Lorsque cet exercice est bien assimilé, passer à la phase suivante. Recouvrir de 2 ou 3 cm de sable ou de terre meuble l’ensemble truffe et récompense, et cela toujours hors de la vue du chien.

Faire venir l’élève. Commander. Les mouvements libérés (le pied ne recouvrant plus la truffe) vont permettre de se déplacer lentement en incitant le chien à chercher. Éventuellement, le guider s’il s’éloigne un peu trop. Au repérage (aidé par vous s’il s’avère difficile) arrêter un marquage trop violent ou trop excité qui, si le chien en prend l’habitude, aura pour inconvénient de détériorer les « truffes de fleur » ou « truffes fleur » situées à la surface du sol.

Faire asseoir et donner la récompense rituelle, avec cependant une petite différence. Pour éviter au chien d’avaler le sable ou la terre qui ne manque pas de coller sur la récompense enterrée (particulièrement s’il s’agit de viande) on aura pris soin d’emporter un récipient, pochon, boîte, petit panier, contenant des « récompenses propres ». Nous verrons pourquoi toute à l’heure.

Renouveler cet exercice en diminuant progressivement la friandise jusqu’à sa disparition complète. Ensuite enterrer la truffe seule.

Le chien connaissant maintenant cette odeur va très vite l’associer à la récompense qui sera offerte après la découverte.

A ce stade, je recommanderai l’emploi de plusieurs truffes (trois ou quatre).


Enterrer, sans tasser la terre, les truffes distantes de 1,50m minimum les unes des autres. La profondeur, faible au début, sera progressivement augmentée au cours des séances. Les repérer par une brindille, un petit caillou, une feuille etc.

Avant d’entreprendre la recherche, laisser passer un laps de temps qui permettra au parfum des truffes d’atteindre la surface du sol et estompera l’odeur de votre piste.

On ne peut pas donner de temps précis, mais je pense que deux heures peuvent paraître suffisantes pour des truffes odorantes placées à 10cm de profondeur environ.

La préparation des récompenses, placées dans le récipient que le chien commence à connaître lui indique ce qu’on  va lui demander, ce qu’il devra faire.

Sortir le chien. Laissez-lui un petit moment de détente qu’il mettra à profit pour s’adonner à ses besoins naturels.

Se diriger en flânant vers les truffes, commander. Laissez lui l’initiative de la recherche.

Connaissant le comportement et les réactions de l’élève, juger le moment opportun, où, pour ne pas le décourager de ne pas percevoir d’effluves, il faut éventuellement le guider vers les emplacements, tout en lui laissant une certaine autonomie.

Si un souffle d’air ou un vent fort caresse ou balaie la campagne, l’approche et la recherche devront s’effectuer face au vent pour favoriser la perception des émanations.
Par grand vent, le marquage pourra ne pas être très précis. Insister, guider, indiquer éventuellement avec le doigt l’endroit repéré. Marquage de la patte, commandement assis, extraire la truffe, récompenser.
Prospecter de la même manière les autres emplacements prévus.

Continuer cette phase, dont on pourra augmenter la difficulté en tassant la terre, avec le pied, sur les truffes enterrées, jusqu’à complète compréhension et travail correct.

Je rappelle les deux éléments importants du dressage : le sujet doit savoir ce qu’il recherche et il doit marquer par un grattage chaque odeur de truffe détectée dans le sol.

Le chien étant au point, le moment est venu de vérifier les capacités acquises et d’avoir la confirmation, sur des truffières spontanées ou naturelles, l’assimilation du dressage.

Le cœur battant, on prend la provision de récompenses. Le chien, du coin de l’œil, suit les préparatifs, remue la queue, s’étire, il sait qu’on va partir. Le piochon ou le « cavadou » est prêt, nous y allons !

La portière ouverte de la voiture invite au déplacement, aucune hésitation pour s’y engouffrer.

Ce ne sont pas les cahots des chemins caillouteux qui vont saper le moral et émousser l’enthousiasme !

Les truffières sont là ! L’épreuve de vérité commence.


Le site diffère totalement de celui du dressage. Les chênes rabougris tendent vers le ciel gris leurs squelettes à moitié dénudés. La végétation, bien que rare est plus drue que celle du jardin entourant la maison. Une caresse donne confiance et sécurise l’animal. Il renifle à droite, à gauche, se détend pendant qu’on enfile les bottes et la vue des récompenses sorties du coffre lui indique la mise en pratique des leçons reçues.

Un brûlé apparaît, « Cherche la Truffe ! »

« Truffe », coup de nez par ci, coup de nez par là. Une mouche dérangée s’envole, indice certain d’un parfum sortant du sol.« Truffe … Truffe … »

Tout à coup, le museau se rapproche de la terre, les narines se dilatent, il renifle plus rapidement, l’odeur est perçue et accusée. Il avance lentement, les mouvements latéraux de son nez utiles à déterminer l’endroit précis diminuent d’amplitude et enfin s’arrêtent complètement. Le repérage est fait. Le marquage, de la patte, suit presque aussitôt.  « Assis ! »

Délicatement, le piochon racle la surface du sol, de plus en plus profond, jusqu’à l’apparition de l’objet de convoitise, qui est là, endormi dans sa terre nourricière.

La joie éclate ! On l’extrait. On le fait sentir au chien qui, toujours assis, attend sa récompense. Elle arrive, plus copieuse que d’habitude (pour la première fois, ça va … mais … attention à la ligne !).

Les caresses et la voix, encore plus douces, n’en finiront pas de remercier l’animal pour cet exploit.

On savoure ce moment privilégié qui restera gravé au fond de la mémoire.

La truffe débarrassée de sa gangue de terre, nettoyée, humée, tournée dans tous les sens, est là … posée dans le creux de la main. Quelle que soit sa forme ou sa taille, de valeur sentimentale inestimable, elle est la concrétisation d’un espoir qui augmentait ou diminuait au cours des séances, suivant l’assiduité ou le travail de l’élève.

Peu importe le temps passé pour obtenir ce résultat. Ce n’est pas du temps perdu. Le chien trouve la truffe.

Les sorties successives vont affiner son travail. Il va acquérir l’assurance et l’expérience qui amélioreront la prospection et la recherche. En outre, ces sorties feront naître une complicité qui, en s’amplifiant favorisera les rapports entre l’homme et l’animal, d’où découlera le travail par plaisir du chien pour le plaisir du maître, sans toutefois oublier de remercier, chaque découverte par la récompense.

Dans les concours de cavage, il nous est donné de voir des sujets qui s’en passe volontiers, reprenant seuls la recherche pendant que leur conducteur déterre la truffe  marquée précédemment.

Le retour de cette première sortie sera triomphal ! La récolte peut être abondante ou modique, l’important est ce précieux tubercule dont on connaît tous les contours.

Le film de cette journée défile et repasse dans la tête quand, le soir, on laisse vagabonder son esprit, les jambes étendues vers le feu de bois aux flammes dansantes.

Lorsque dans l’euphorie et la douce quiétude qui suivent un repas amical, les confidences sont à fleur de lèvres, que de satisfaction, que de fierté aussi on éprouve en montrant le trophée pieusement conservé dans son petit bocal.
On narre le travail du chien, la découverte, le marquage, l’extraction pour arriver à prononcer en guise de conclusion et de preuve : « Voilà sa première truffe ! ».

Alors le chien, boule de poils endormie devant la cheminée, soulève la tête, la penche à droite, la penche à gauche, se » lève, s’étire, fait le tour des convives, quémandant de ses yeux malicieux une main pour le flatter.

Maintenant, il connaît le mot « truffe », et le prononcer ne le laisse pas indifférent.


Article rédigé par Jean Louis Brassat Lapeyriere 

Jean-Louis BRASSAT-LAPEYRIERE                                         
jl.brassat@wanadoo.fr

Commission Cavage de la société Centrale Canine
http://www.lecavageenfrance.com                

                                   


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Fiche créée le 2012-12-05 par Jean Louis BRASSAT-LAPEYRIERE
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